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" L'ÉCOSSAISE ou Le Café "
comédie de Voltaire
5 actes en prose, 1760 (Éd. GF Flammarion, 2004)
mise en scène Vincent Colin
avec Roch-Antoine Albaladéjo, Isabelle Kérisit et Sylvain Dumont.
costumes Karine Vintache
intermèdes musicaux Thierry Bertomeu et Roch-Antoine Albaladéjo
lumières et régie Alexandre Dujardin
Création 2007. Coproduction Espace Jean Legendre scène conventionnée de Compiègne et Compagnie Vincent Colin, en coréalisation avec le Théâtre du Lucernaire.
Un DVD du spectacle est disponible chez L’Harmattan. >>> en savoir plus...
QUOI DE NEUF AU THÉÂTRE ? VOLTAIRE

Écrite par Voltaire en 1760, sous le pseudonyme d'un certain Monsieur Hume, pasteur de l'Église d'Édimbourg, cette comédie ne manque pas de sel : une sorte de « Roméo et Juliette » avec happy-end. Une jeune, belle et pauvre Écossaise, dont la famille est persécutée par les Anglais, vit recluse dans une auberge à Londres. Hélas, la jeune fille est amoureuse du fils de l’ennemi juré de sa famille…
L’esprit voltairien est bien là, présent au détour des répliques.
Dans ce lieu public défile une véritable galerie de portraits :
· Lindanne, la jeune écossaise accompagnée de sa suivante, Polly …
· Frélon, journaliste véreux et vénal (copie conforme du célèbre Fréron, l'ennemi intime de Voltaire), campe toute la sainte journée dans le bar de l'hôtel, à l’affût de quelque ragot juteux…
· Lord Monrose, un vieil Écossais solitaire y débarque. On apprendra qu'il n'est autre que le père ruiné de cette belle Lindane…
· Laquelle jeune fille est amoureuse d'un certain Milord Murray, fils de l'ennemi intime de son père…
· Freeport, un riche négociant sans scrupule, de retour de la Jamaïque, veut, bon prince, sauver la pauvre Lindane…
· Lady Alton, femme jalouse qui tente de retrouver les faveurs perdues du Milord Murray, veut écarter Lindane, sa rivale, et lui propose l'un de ses châteaux "sur les frontières de l'Écosse" pour y vivre en exil…
· Fabrice, l'aubergiste, plein d'humanité pour la jeune fille, s'active à sauver, tant bien que mal, la bonne tenue de son commerce…
L’intrigue est cousue de fils blancs, mais brodés par Voltaire ces fils ont des reflets dorés.
L’auteur note dans sa préface : "Quant au genre de la pièce, il est dans le haut comique, mêlé au genre de la simple comédie. L'honnête homme y sourit de ce sourire de l'âme préférable au rire de la bouche.»
En matière d'esprit, Voltaire s'y connaissait comme personne. Son théâtre eut de son vivant, et jusqu'au milieu du XIXe siècle, un succès considérable, avant de sombrer dans l'oubli.
Cette comédie que Voltaire a écrit attablé au célèbre Café Procope, rue de l'Ancienne Comédie, avait pour objectif de se « payer la tête » d’un fâcheux journaliste, Fréron, devenu sa bête noire. Le rôle que Voltaire lui attribue dans la pièce est secondaire, mais le but était de rire à ses dépens. Le brûlot de « l’Écossaise » fut créé en juillet 1760 à la Comédie Française, le journaliste Fréron y assista, stoïque.
AVERTISSEMENT DE MOLAND (extraits)

(…) Voltaire lance contre Fréron le brûlot de l'Écossaise. Le critique était de tous les adversaires de Voltaire celui qui avait le don de l'irriter davantage. Quand il s'en prenait à lui, Voltaire n'était jamais de sang-froid. (…) Aussi Voltaire, pour se venger, ne songe pas à moins qu'à une sorte d'exécution publique, à une exécution en plein théâtre.
La nouvelle comédie de Voltaire - où il faisait figurer son adversaire Fréron sous les traits cruellement noircis du libelliste Frélon était donnée comme une comédie anglaise de M. Hume, prêtre écossais, traduite en français par Jérôme Carré, un de ces pseudonymes dont Voltaire avait tout un arsenal.
(…) Fréron assista à la première représentation qui eut lieu le 26 juillet ; il était au milieu de l’orchestre. « Il soutint, dit Collé dans son Journal, assez bien les premières scènes ; mais M. de Malesherbes, qui était à côté de lui le vit ensuite plusieurs fois devenir cramoisi et puis pâlir. Il avait placé sa femme au premier rang de l’amphithéâtre. M. Marivaux m’a dit qu’elle se trouva mal ».
VOLTAIRE CHEZ LES MARX BROTHERS

Je me propose de traiter cette curieuse comédie de Voltaire sur un mode allegro, molto vivace.
Imaginons les entrées et sorties continuelles d'un bistrot, l'effervescence d'un pareil lieu public, les répliques des uns et des autres qui sonnent comme des appels de clairon.
Trois comédiens interprètent la dizaine de personnages de la pièce. Pendant un peu plus d’une heure, les acteurs ne quittent pas la scène, tous les changements se font à vue. Un choix artistique motivé par le désir d’imprimer à cette comédie bourgeoise, « larmoyante » selon Voltaire, un rythme enlevé : notre « Écossaise » aura des allures de Marx Brothers.
En nous amusant à notre tour avec sa pièce, nous avons le sentiment de demeurer fidèles à l’esprit voltairien.
VOLTAIRE sous un pseudonyme ÉCRIVAIT DANS SA PRÉFACE

« La comédie, dont nous présentons la traduction aux amateurs de la littérature, est de M. Hume, pasteur de l'église d'Édimbourg, déjà connu par deux belles tragédies jouées à Londres (…)
La comédie intitulée l'Écossaise nous parut un de ces ouvrages qui peuvent réussir dans toutes les langues, parce que l'auteur peint la nature, qui est partout la même : il a la naïveté et la vérité de l'estimable Goldoni, avec peut-être plus d'intrigue, de force, et d'intérêt (…)
Cette pièce paraît un peu dans le goût de ces romans anglais qui ont fait tant de fortune ; ce sont des touches semblables, la même peinture des mœurs, rien de recherché, nulle envie d'avoir de l'esprit, et de montrer misérablement l'auteur quand on ne doit montrer que les personnages ; rien d'étranger au sujet ; point de tirade d'écolier, de ces maximes triviales qui remplissent le vide de l'action : c'est une justice que nous sommes obligés de rendre à notre célèbre auteur.
(…) Ce qui nous a frappé vivement dans cette pièce, c'est que l'unité de temps, de lieu, et d'action y est observée scrupuleusement.
Ce qui est beaucoup plus important, c’est que cette comédie est d'une excellente morale, et digne de la gravité du sacerdoce dont l'auteur est revêtu, sans rien perdre de ce qui peut plaire aux honnêtes gens du monde.
La comédie ainsi traitée est un des plus utiles efforts de l'esprit humain ; il faut convenir que c'est un art, et un art très difficile. Tout le monde peut compiler des faits et des raisonnements, il est aisé d'apprendre la trigonométrie, mais tout art demande un talent, et le talent est rare. "
LE THÉÂTRE DU TEMPS DE VOLTAIRE ET MME DE CHATELET (1733 - 1749)

On découvre dans le château de Cirey un charmant petit théâtre témoin d'une activité passée fébrile. Voltaire y joue ses propres pièces. Les acteurs sont les invités, mais l'on manque parfois cruellement de spectateurs.
Il s'agit d'une petite salle, cachée dans les combles, dont les cinq banquettes permettent d'accueillir une quinzaine de spectateurs. La scène surélevée est de surface réduite.
Le rythme qu'il fait mener à ses hôtes est infernal, il y a au minimum deux répétitions et deux représentations par semaine. Voltaire s'occupe également de la distribution des rôles, et va même jusqu'à faire exécuter des affiches, que l'on placarde sur les portes du château, alors qu'il ne s'agit que de représentations privées, destinées aux seuls habitants de la demeure.
Madame de Graffigny, amie de Voltaire en visite à Cirey, écrit qu'elle n'a plus aucun loisir, tant elle est accaparée par le théâtre et tant il lui faut songer à ses rôles.
"Nous sortons de l'exécution du troisième acte joué aujourd'hui, il est minuit, nous allons souper…je suis rendue. C'est le diable, oui le diable, que la vie que nous menons. Après souper, Madame du Châtelet chantera un opéra entier... On ne respire point ici. Nous jouons aujourd'hui l'Enfant Prodigue et une autre pièce, en trois actes, dont il faut faire les répétitions. Nous avons répété Zaïre jusqu'à trois heures du matin. Nous la jouons demain avec La Sérénade. Il faut se friser, se changer, s'ajuster, entendre chanter un opéra. Oh ! Quelle galère."
LE CAFÉ, UNE PLACE STRATÉGIQUE DANS LA VIE SOCIALE ET CULTURELLE

En 1750 Goldoni achève la Bottega del caffè, et souligne dans ses mémoires que "le café est le centre de l'action, le principal protagoniste où plusieurs actions se passent à la fois, où plusieurs personnes sont amenées par différents intérêts".
Dix ans plus tard, Voltaire compose une pièce aux accents satiriques. Le Café ou L'Écossaise, conçue pour frapper Fréron, directeur de L'Année littéraire.
La première de L'Écossaise est mouvementée, les partisans des "philosophes", rassemblés dans le parterre, crient à tue tête "à bas Fréron" !
Il est indubitable que Voltaire s'est inspiré de l'œuvre de Goldoni et que ce café britannique ne serait autre que Le Procope.

Le Procope fut le premier café établi à Paris. Le plus célèbre café de Paris, car il était le rendez-vous des littérateurs, des politiciens, des savants français les plus illustres.
Paul Verlaine fréquenta Le Procope, où il s'installait à sa place préférée, à la table de Voltaire…. Cette table - devenue un objet de curiosité et de vénération - était de marbre roux, avec un mouvement Louis XV sur le devant, comme une console.
Théories des cafés Anthologie de Gérard Georges Lemaire
ELIE FRÉRON, journaliste, critique et polémiste (1718 - 1776)

Fils d'un orfèvre établi à Quimper en 1693 mais originaire d'Agen, Daniel Fréron, et de sa femme Marie-Anne Campion née à Pont-l'Abbé (Finistère), Fréron fit de médiocres études au collège de Quimper puis chez les Jésuites au collège Louis-le-Grand.
En 1745, Fréron créa son propre journal, les Lettres de la comtesse, remplacé en 1749 par les Lettres sur quelques écrits du temps, qui parut jusqu'en 1754.
En 1754, Fréron fonda L'Année littéraire, qui fut l’œuvre de sa vie et qu'il dirigea jusqu'à sa mort en 1776. Il y critiquait vivement la littérature de son temps en la rapportant aux modèles du XVIIe siècle et combattait les Philosophes au nom de la religion et de la monarchie.
Le périodique eut beaucoup de succès et Fréron gagna très bien sa vie. Il habitait une superbe maison, rue de Seine, ornée de magnifiques lambris dorés, et faisait très bonne chère, recevant à sa table le duc de Choiseul, le duc d'Orléans ou le roi Stanislas.
Il s'attaqua principalement à Voltaire qu’il décrit dans les Lettres sur quelques écrits du temps : « sublime dans quelques-uns de ses écrits, rampant dans toutes ses actions ». La critique fut ensuite reprise à chaque numéro de L'Année littéraire, souvent mordante mais toujours exprimée avec sang-froid et sur un ton de courtoisie.
Voltaire, qui supportait mal les attaques, riposta avec une extrême vigueur. Il fit contre Fréron une virulente satire, Le Pauvre diable et une pièce de théâtre, Le Café ou l'Écossaise (1760), où Fréron est représenté par le personnage de Wasp (en anglais : guêpe ou frelon), espion et délateur, coquin envieux et vil, toujours prêt à calomnier à prix d'argent dans son journal L'Âne littéraire.
LA PRESSE

LE NOUVEL OBSERVATEUR
Vincent Colin ragaillardit cette comédie de Voltaire... trois comédiens, une bonne dose d’humour... C’est piquant, joyeux... Odile Quirot
LES ÉCHOS
On est dans la parodie inspirée par les délires des Marxs Brothers. Les trois acteurs, dans une course folle, se démènent avec une belle assurance… Gilles Costaz
FIGAROSCOPE
Une comédie de Voltaire, bien servie par Vincent Colin qui a eu l’idée de faire jouer tous les personnages par trois comédiens. On gagne en rythme et fantaisie. Marion Thébaud
PARISCOPE
Quand Voltaire s’amuse des errements du cœur et de la raison, le rire est au rendez-vous. La mise en scène est au diapason de l’auteur. La prestation des comédiens est à souligner.
MATIN PLUS
Voltaire utilise le pseudonyme de Monsieur Hume pour donner vie à L’Écossaise, une comédie piquante. À travers ce « remake » fantaisiste de Roméo et Juliette, l’auteur s’amuse à tourner en dérision un journaliste de l’époque, il le rebaptise Frélon et le fait apparaître comme un plumitif véreux.
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THÉÂTRAL MAGAZINE
Menée tambour battant par trois comédiens, cette fantaisie de Voltaire fait triompher la justice et l’amour…
À PARIS MAG
Une comédie cousue de fils dorés par Voltaire en verbe. Pur bonheur !
BRETAGNE ILE-DE-FRANCE
Un spectacle bondissant qui est une sorte de parodie de tragédie classique. Voltaire y règle en particulier ses comptes avec un critique qu’il haïssait. Son texte est acerbe, empreint d’humour vachard où il stigmatise pêle-mêle le rôle de l’argent, les beaux esprits qui font l’opinion, la complot manie, les manœuvres de basse police… toutes choses qui ont souvent un curieux air d’actualité. L’affaire est menée tambour battant par trois comédiens époustouflants qui se mettent en dix pour faire avancer l’intrigue sur un rythme qui va s’accélérant jusqu’au feu d’artifice burlesque final. G. Delahaye
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